Publié le 07/07/2020 à 08:00 / Lucie Grolleau

Cultures raisonnées contrôlées

Déjà 20 ans, mais une filière d’avenir
Alors que les moissonneuses sont dans les champs de céréales depuis quelques jours, focus sur la démarche CRC® du groupe coopératif Eurea, qui s’est mise en place il y a 20 ans. La filière Cultures raisonnées contrôlées s’est progressivement développée en termes de surface cultivée, de volumes de céréales récoltés et transformés en farine, de débouchés.

La filière CRC® est née en 2000 en France. La filière meunière locale « blé – farine - pain » La Forézienne a vu le jour officiellement en 2001 d’un partenariat entre Eurea et la Minoterie Dupuy Couturier (MDC) à l’Etrat.

Des professionnels engagés des champs à l'assiette au sein d'une filière raisonnée et contrôlée, tel est le principe fondateur de la démarche CRC®, Culture raisonnée contrôlée, qui a été initiée en 1989 en France et officiellement reconnue en 1999. La filière CRC® est née en 2000 en France. C'est cette année-là que les premiers hectares de blé dédiés à cette filière ont été implantés sur la zone du groupe coopératif Eurea (Loire et Haute-Loire), après quelques mois de sensibilisation des producteurs à la démarche CRC®.
« L'initiative de la filière CRC ® est venue du responsable Céréales du groupe Eurea de l'époque et de Jean-Louis Dupuy, alors directeur de la minoterie, qui étaient en quête d'une filière locale de qualité, explique Laurent Bodet, l'actuel responsable céréales d'Eurea. Ils ont entendu parler de la filière CRC® au niveau national et ont proposé de la décliner sur le territoire d'Eurea. » En 2000, 240 ha de blé CRC® ont été semés par 35 producteurs du groupe Eurea. « Les agriculteurs avaient répondu présents, assurent Laurent Bodet et Nicolas Maisse, responsable du silo de stockage de Savigneux. Au départ, ce sont les fidèles à qui il a été proposé de produire pour cette filière. Tout a très bien marché la première année, ce qui a incité d'autres agriculteurs à produire du blé CRC® la deuxième année. »

 

Progression des surface selon les débouchés

C'est en 2001 qu'est officiellement née la filière meunière locale « blé – farine - pain » La Forézienne d'un partenariat entre Eurea et la Minoterie Dupuy Couturier (MDC) à l'Etrat. Puis, la surface de production n'a cessé de croître, avec la mise en place de nouveaux débouchés (blé biscuitier en 2016 avec Gerblé, seigle CRC®), pour arriver aujourd'hui à près de 1 500 ha (blé et seigle) produits par 110 agriculteurs. « Le développement s'est toujours fait en fonction de la demande locale, expliquent les deux hommes. La volonté du groupe n'a jamais été de multiplier les surfaces cultivées et de vendre le blé dans toute la France ». L'objectif a toujours été d'apporter une rémunération satisfaisante aux agriculteurs. Actuellement, la plus-value est « deux fois celle préconisée au niveau national pour la filière CRC® ». A ce prix, « on ne peut pas entrer en concurrence avec les cours nationaux. L'enjeu est vraiment d'avoir une progression des volumes de vente au local ». Mais les capacités de stockage ont été un facteur limitant pour le développement de la filière. Le projet d'un silo de stockage à Savigneux a mis du temps à se concrétiser. Il a finalement été mis en service pour la campagne de récolte 2019.
Actuellement, la production CRC® du groupe Eurea se répartit ainsi sur les deux départements où rayonne le groupe coopératif :
- 700 ha de blé CRC® meunier La Forézienne : six variétés meunières de blé sont implantées, avec des caractéristiques différentes (souplesse, structure...), en concertation entre la minoterie et l'équipe agronomique. Eurea fait en sorte de répondre aux demandes de la minoterie pour les surfaces à emblaver et guide donc les agriculteurs dans les choix des variétés. A la récolte, les blés sont classés par variété. La Minoterie Dupuy Couturier construit sa maquette de mélanges en fonction des caractéristiques des céréales. Le mélange des variétés est réalisé au silo de stockage à Savigneux.
- 250 ha de blé CRC® améliorant : il s'agit d'un blé avec une teneur en protéines différente. C'est la minoterie elle-même qui réalise le mélange.
- 250 ha de seigle CRC® : la minoterie demande d'implanter des lignées et des hybrides de seigle qu'elle mélange pour concevoir des farines dédiées aux artisans et aux industriels. « Cette filière seigle connaît parfois des problématiques de marchés car, au moment de l'emblavement, on ne connaît pas encore les débouchés. Mais le seigle est intéressant pour les agriculteurs car c'est une plante rustique, facile à conduire et qui produit plus de paille que le blé.»
- 300 ha de blé CRC® biscuitier : trois ou quatre variétés aux caractéristiques différentes sont mélangées. Ce blé, livré dans une usine à Annonay et destiné à produire des biscuits de marque Gerblé, se caractérise par une teneur en protéines plus faible et un rapport entre l'élasticité et le gonflement (P/L) spécifique. Un contrat tripartite est établi entre Eurea, Gerblé et MDC. « Gerblé veut faire évoluer les producteurs vers l'agriculture de conservation. Dans notre région, l'agriculture est déjà plutôt respectueuse. »
Il faut savoir que la production de blé ou seigle CRC® n'est pas réservée aux exploitations localisées autour du silo de stockage de Savigneux. Des agriculteurs du Roannais ont adopté cette production. « Pour les agriculteurs les plus loin, Eurea peut leur dédier des camions-bennes. »

 

Et demain ?

A l'avenir, la filière CRC® devrait tendre vers le zéro résidus de pesticides, avec un seuil de tolérance très bas : 0,01 mg/kg, ce qui correspond de manière imagée à 1 mm / km. «Avec une benne non nettoyée, on peut vite dépasser cette limite», explique Laurent Bodet L'utilisation des intrants au bon moment sera encore plus importante. « Cette mesure n'est pas encore en vigueur, mais nous savons qu'elle est en cours de préparation. Nous allons traiter la moisson 2020 comme si le nouveau cahier des charges était en vigueur. C'est l'occasion de voir si la procédure fonctionne et de l'ajuster selon le résultat des analyses. »
Pour Christophe Chavot, président d'Eurea, «la santé est au cœur des préoccupations des consommateurs. Notre filière CRC® colle tout à fait à leurs attentes : traçabilité, production raisonnée, prise en compte de l'environnement, biodiversité, absence de traitement pour le stockage, filière courte. » Dans cette logique, Eurea ne ferme pas la porte à trouver ou créer de nouvelles filières, toujours dans la perspective d'apporter de la valeur ajoutée aux agriculteurs. Eurea a toute sa place « dans l'alimentation responsable : saine, sûre, source de rémunération des producteurs ».

 

Lucie Grolleau Frécon

L'ensemble du dossier dédié à la filière CRC® est à lire dans l'édition papier de Paysans de la Loire du 3 juillet.

Mots clés : EUREA CRC CULTURE RAISONNÉE CERTIFIÉE