Publié le 06/08/2020 à 07:05 / David Bessenay

CERÉALES

Moissons : des rendements à la baisse pour la campagne 2020
Avec 31,3 Mt, la récolte de céréales risque d'être l'une des moins abondantes depuis l'an 2000. Comme partout en France, en région la moisson 2020 donne des rendements en baisse, avec de gros écarts entre les secteurs. Tour de plaine des départements auvergno-rhônalpins.

La campagne céréalière 2020 est très décevante avec des rendements très hétérogènes et en baisse un peu partout.

Des rendements très hétérogènes, avec de gros écarts entre les secteurs : comme partout en France, la campagne 2020 restera dans les annales iséroises comme une année « particulière ». Une fois de plus. « Chaque année on dit ça, soupire Philippe Lefebvre, directeur des filières et du développement durable du groupe Oxyane(1). En fonction des variétés, des dates de semis et des conditions pédoclimatiques, il y a des endroits où ça décroche. Mais c'est très ponctuel. »


Groupe Dauphinoise : -15 à -25% en blé


Globalement, pour les blés, la qualité est « plutôt bonne », mais les rendements ont baissé de 15 à 25%,variant de 40 à 80-90 q/ha, selon les secteurs. « C'est très disparate, mais on est en dessous de nos estimations », constate Philippe Lefebvre. En cause : des semis d'automne compliqués par de mauvaises conditions météorologiques, donc parfois décalés au mois de janvier, un hiver sec, un début de printemps très chaud et du froid à la sortie du confinement. « Les variations climatiques sur certaines conditions pédoclimatiques ont fait que des variétés ont mieux réagi que d'autres, précise le responsable. Il y a des coins où l'on a fait + 10 % en rendement sur des terrains qui ont bien résisté au sec, mais on a une dilution de la protéine. » Pour le colza, dans l'ensemble, c'est moyen. Les rendements sont en baisse significative (- 15 à - 20 %), du fait de la diminution des surfaces et de conditions de semis difficiles. Quant à l'orge, à de rares exceptions près, « c'est la cata partout » : les rendements ont chuté de - 30 à - 40 %. La seule perspective encoura- geante vient des maïs : les floraisons se sont bien passées et ils sont plutôt jolis. Pour l'instant.


Sud Drôme : des semis précoces à la hauteur


Dans le sud de la Drôme, les semis précoces de blé dur et tendre, qui s'étendent sur la plaine de la Valdaine et de Montélimar, ont donné des rendements très légèrement supérieurs à la moyenne, avoisinant les 60 q/ha. Les semis tardifs ont obtenu des rendements inférieurs au potentiel et se situent en dessous de la moyenne : 45 au lieu de 50-55 q/ha. « Malgré un bon tallage, nous avons eu un nombre d'épis faible au m2 », justifie Nicolas Régnier, technicien grandes cultures Sud-Drôme chez Natura'Pro. « Vu les conditions, on s'attendait à des résultats plus critiques. Heureusement, les pluies du mois de mai nous ont sauvés », relativise Prune Farque, responsable du service agronomique grandes cultures de Valsoleil. Ces pluies n'ont pas pour autant permis de sauver les rendements en orge, impactés par un mois de mars et d'avril très secs au moment de la montaison. Les rendements ont été décevants: 25 à 45 q/ha en sec et 60 à 75 q/ha en irrigué. La pression sanitaire a pourtant été faible. « Un peu d'helminthosporiose et de rhynchosporiose maîtrisées en orge, peu de rouille jaune, rouille brune et septoriose sur variétés sensibles en blé, traitées précocement », ajoute-t-elle.


La qualité est au rendez-vous en Ardèche

 

Les rendements en orge sont aussi très moyens et hétérogènes, « 15 à 40 q/ha, variables selon la profondeur du sol », indique Frédéric Peyrard, technicien grandes cultures Nord Ardèche à Natura'Pro. « De mi-mars à fin avril, ça a été catastrophique : peu de pluie et beaucoup de chaleur ! » En blé, c'est plus ou moins le même cas de figure, entre 20 et 40 q/ha ; entre 30 et 60 q/ha pour les triticales. Dans les deux départements, la qualité est au rendez-vous. « Les taux protéiques des blés tendres se situent au-dessus de 11,5-12. En blé dur, ils sont au-dessus de 13,5-14 », précise Prune Farque. « Nous avons des poids spécifiques très hauts. Autour de 70 kg/hl pour les blés, 75-80 kg/hl pour les triticales et 60 kg/hl pour les orges. Mais cette qualité ne rattrapera pas la baisse de rendements qui engendre aussi un cruel manque de paille dans le Nord Ardèche », regrette Frédéric Peyrard.


Quitte ou double dans le Jura !


En Franche-Comté, en blé, la tendance tourne plutôt autour des 80 quintaux. Les pucerons ont pu faire perdre 10 à 15 q/ha sur des parcelles pourtant traitées une fois. « À certains endroits, c'est du simple ou double, on entend parler de parcelles à plus de 100 q/ha et d'autres à 50 q/ha »,
note Patrick Chopard de la chambre d'agriculture du Jura. En orge aussi, les résultats sont hétérogènes. De 80 q/ha, sur les bonnes parcelles, on peut tomber à 30 q/ha, voire rien du tout dans le pire des cas, sur quelques parcelles broyées à cause de la jaunisse nanisante de l'orge (JNO). En colza, même scénario : les pucerons sont aussi la bête noire. Des rendements de 40 q/ha, voire frôlant les 50 q/ha, peuvent tomber à 25 q/ha. Et quelques parcelles broyées à cause de plusieurs facteurs : manque d'eau à l'automne en terre caillouteuse, gel au printemps, et toujours ce problème de pucerons.


Ain et Rhône : le puceron prolifère


Même constat du côté de la coopérative Terres d'Alliance. « La qualité est là mais les rendements sont en baisse de 20 % par rapport à une année normale. L'automne pluvieux nous a empêché de rentrer dans les champs et les pucerons ont pu proliférer », regrette le directeur du pôle végétal, Jérôme Laborde. Au terme de cette campagne, la collecte s'élève à 300 000 tonnes dont 200 000 tonnes pour le blé et 45 000 tonnes pour l'orge. Le colza s'en tire honorablement avec une moyenne de 31 q/ha. Dans le secteur de la Loire, la récolte d'orge plonge en moyenne de 40 % par rapport à l'an dernier pour s'établir à environ 50 q/ha. Le colza est lui aussi très en recul avec une moyenne de 20 quintaux. « La qualité est bonne mais au niveau des volumes, la satisfaction vient plutôt du blé avec des rendements moyens de 60 q/ha et des pics à plus de 90 q/ha sur certaines terres », explique Laurent Bodet, responsable céréales du groupe Eurea.


Saône-et-Loire : une baisse générale de 15 %


« Le colza a été touché par les attaques d'altises, l'orge par les pucerons et le blé par la jaunisse. Le rendement est en baisse de 15 % par rapport à 2019 », se désole Pierre Gay de la Minoterie Gay. Difficile d'évaluer le rendement de l'orge mais pour le colza, la moyenne s'établit à 32 q/ha avec une amplitude de 18 à 55 q/ha. Pour le blé, la qualité est au rendez-vous et le rendement moyen s'établit à 66 q/ha.


MB, AP, IP, PG


(1) Né de la fusion entre la coopérative Dauphinoise etTerre d'Alliances, le groupe couvre une dizaine de départements et collecte environ 1 million de tonnes de céréales.



 

 

Loire : déception dans la plaine

Si les moissons en elle-même se sont vite et bien déroulées, « sans accident climatique majeur pour nous retarder », explique Raphaël Reynaud, producteur à Sury-le-Comtal, le département de la Loire n'a pas été épargné par la baisse des rendements, notamment dans la plaine. Le responsable de la section grandes cultures à la FDSEA dresse un bilan déficitaire sur son exploitation : 40 quintaux en blé, à peine 35 quintaux en orge et une dizaine de quintaux en colza, bien en-deçà, d'une récolte "normale". Après 2017 et 2018, le territoire subit donc une troisième année consécutive de rendements bas. Le retard des semis par les pluies de novembre, le gel tardif (- 7°C le 1er avril) et le printemps sec ont fortement impacté le volume final récolté, notamment sur les parcelles non irriguées.
Raphaël Reynaud estime en revanche avoir bien maitrisé les maladies, malgré des excès d'eau fin mai-début juin, « mais l'état sanitaire a pu être variable d'une exploitation à l'autre. Personnellement, je laboure et je fais des traitements systématiques ce qui peut expliquer ces résultats. »
Au final donc, « la qualité est au rendez-vous. Le taux de protéines est bon et le poids spécifique des orges est élevé. J'ai pu vendre en blé meunier les ¾ de ma récolte qui part habituellement en blé fourrager. » La revalorisation qui en découle, de 10 à 15 euros la tonne, ne vient pas compenser la perte de volumes « mais c'est toujours ça ».
Les rendements ont été bien meilleurs en zone de montagne qui a moins souffert de la chaleur. Sur cette partie du territoire, les récoltes de céréales sont en majeure partie autoconsommées.
Pour la suite Raphaël Reynaud espère beaucoup de sa récolte de tournesols et de maïs (irrigués) qui se présentent, pour l'instant, sous de meilleurs auspices.
 
DB